Roxane Ca'Zorzi

Que des histoires!

renard blanc sur tronc

Souvenirs en vague

éclats de verre polis par les ondes sur une plage

Le rapport au temps continue d’être flou en ces jours étranges.

Je m’étonne du nombre de beaux souvenirs accumulés sur cet intervalle entre deux tempêtes immobiles. Je les garde précieusement, de la même manière que je collectionne les éclats de porcelaine trouvés sur le sable à marée basse, les rêvant rescapés de naufrages lointains.

J’ai eu la chance de raconter dans des endroits magnifiques et habités. La présentation festive des spectacles issus d’Animis Mundi au Musée des Sciences Naturelles de Bruxelles a été une joie un peu miraculeuse. Une séance de conte et broderie à Pierre, Papiers, Ciseaux, des promenades contées dans la Galerie de l’évolution et d’autres dans les Marolles ont rayonné du plaisir des rencontres.

Cela a été une chance aussi d’avoir l’occasion de réaliser la captation de « Passages » à Chiny, Cité des Contes, avec la belle équipe de Smala Cinéma.

Entre soupe , gâteau aux pommes et Orval, il y avait un petit parfum d’évasion ces jours-là.

Les émissions « Des récits et des ondes », avec Michel Verbeek et Luisa Bevilacqua continuent, avec des conditions parfois un peu chaotiques mais toujours avec plaisir. Vous les trouverez sous l’onglet « Radio ».

Là, à nouveau, le temps se met en pause. C’est le moment de plonger dans les recherches, de s’imprégner dans les nouvelles créations, de tenir à ce qui fait du bien, d’expérimenter, d’être éblouie par la saveur des mots de poèmes aimés dans ma bouche ou par la brillance de la carapace d’un coléoptère…

Tenter de rêver, encore!

Je parlais de sommeil à l’instant mais nous n’allons bien sûr pas seulement nous reposer, nous allons aussi nous transformer. Est-ce que je saurai le faire? Est-ce que ce sera difficile?Est-ce que ça signifiera aussi la volatilisation de tous les regrets?

Leena Krohn, Tainaron

Songer, encore

L’automne a une saveur étrange cette année. Je m’étonne presque qu’il soit là, comme d’habitude.

L’envie de célébrer est là, bien vivante.

Tout bientôt, Animis Mundi présente les nouvelles créations. L’émotion est grande, le coeur bat plus vite. C’est un lieu magique, le Musée des Sciences Naturelles de Bruxelles, qui accueille cette fête. Petite fille, c’était un de mes ancrages préférés: les iguanodons consolaient mes chagrins, je me perdais dans les allées et dans des songes préhistoriques.

C’est une joie énorme de partager ce projet dans cet endroit imprégné de souvenirs.

Bien sûr, l’aventure commencée avec Animis Mundi ne s’arrête pas là.
De nouvelles collaborations se révèlent, des rencontres, des complicités se nouent. L’envie d’explorer, de s’ouvrir à la rencontre, de savourer les nouvelles pistes s’inscrit dans cette période, en même temps que l’appel à ne pas résister à croquer des raisins mûrs, sucrés à outrance.

Les histoires ne se rencontrent pas que dans les paroles. Au détour d’une broderie, dans les lignes de la peau, au creux d’un rêve, elles se racontent partout.

Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore, qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent

Robert Desnos

Rêveries solaires

Finistère

Il faut être attentif à ce que l’on souhaite.

Qu’on les exprime à un chat rencontré au clair de lune, à une fée aux yeux vairons ou juste à soi-même, les voeux sont parfois ambigus. « Je veux consacrer cette année à prendre le temps » était mon souhait pour 2020… Et le temps s’est un peu arrêté, de manière imprévue.

Cela me force à prendre patience pour pouvoir enfin vous présenter les nouveaux spectacles créés lors D’Animis Mundi. La fête n’en sera que plus belle.

L’été s’annonce studieux. Je vais poursuivre des pistes entrevues, prolonger des recherches, aborder de nouveaux rivages. Entre lectures, nouvelles collaborations, recherches, témoignages, enregistrements, du déchiffrement de lettres jaunies aux gémissements d’un alligator légendaire, des lignes de la main d’un dormeur à celles d’un dessin bleui sur le menton d’une étrange voyageuse, les territoires abordés lors de ces recherches seront fascinants.

Cet été, j’espère aussi admirer le vol des cormorans, humer à plein nez le parfum du goémon, flâner le long des sentiers fréquentés , il y a longtemps, par les corsaires et les contrebandiers, regarder les anémones violettes sur les rochers… Bref, rêver!

A très bientôt.

Les rêves aussi font partie de l’empirique, et d’une certaine manière ils sont réels. Ils prennent racine dans le monde et le travaillent.

Eduardo Kohn, Comment pensent les forêts

Le temps de s’émerveiller

Hermine en hiver (Allemagne)

2020, te voilà déjà!

2019 a été tellement riche de découvertes, de voyages, de partages, d’ateliers, d’expériences que j’ai à peine eu le temps de t’entendre arriver. C’est maintenant que je me rends compte, avec délice, à quel point cette quête est infinie. C’est maintenant aussi, au terme de deux années intenses d’exploration, que vont se révéler certaines pistes suivies lors d’Animis Mundi.

Il y a les spectacles, bien sûr.

« Peupler la nuit », après sa longue maturation, est prêt à émerger de son cocon et à entamer un autre voyage, celui de la rencontre avec le public, hésitant même à changer de nom avant de franchir ce cap.

« Taonga », le spectacle de Ludwine Deblon et Evelyne Devuyst, pour lequel j’ai le plaisir d’être regard extérieur, s’apprête à nous faire voyager au coeur d’une terre vivante et précieuse.

Quant à « Passer l’hiver », spectacle jeune public en duo avec Ludwine, il raconte diverses stratégies par rapport à une des épreuves les plus rudes de la vie animale, la traversée de l’hiver. C’est l’occasion de croiser chevreuil, écureuil, hermine, chien, humain, campagnol et blaireau. C’est d’ailleurs le terrier de ce dernier qui est au centre de ce que nous espérons être un partage d’expériences et de sensations au coeur d’une histoire éthologique.

Il y a aussi les promenades contées « Animis Mundi » où, sur base de ce que nous croisons, nous mêlons contes, narration autour du vivant rencontré, souvenirs et anecdotes liés au lieu.

Les émissions radios « Des Récits et des Ondes » se poursuivent, elles aussi, sur Radio Campus, tous les premiers mercredis du mois, de 11 à 12 heures, et les premières sont même disponibles en podcast.

Cette année 2020, je veux la consacrer à prendre le temps. Le temps de savourer la naissance des nouveaux spectacles, de rêver à l’éclosion des prochains, à prendre plaisir aux rencontres…

Le temps de se perdre et de se retrouver au gré de poèmes lus et tant aimés, d’un parfum furtif ou le long des sillons d’un dessin encré dans la peau.

Je vous souhaite à vous aussi la douceur d’être ainsi bercé dans l’éblouissement d’instants magiques.

(…) d’aucuns faisaient promesse et profession de croquer le monde au cas par cas, s’efforçant de saisir les choses dans l’éclat de leur apparition, ourlées de la dentelle de l’instant, à jamais singulièrement belles.

Le détail du monde, R. Bertrand

Projections rêvées

Cabine de projection du CInéma Nova

Petite parenthèse cinéma en ce milieu d’automne.

D’abord avec la reprise des ateliers « On se fait notre Cinéma » par Smala Cinéma, projet auquel j’ai la chance de collaborer depuis sa création. Quel frisson d’entendre les enfants des classes participantes applaudir et scander « Buster Keaton » à l’issue de la séance de « Sherlock Junior » organisée pour eux au Cinéma Nova.

Ensuite avec une participation au film documentaire « Le sel de nos nuits » de Bertrand Leclipteux. Avec Ludwine Deblon, nous avons présenté les séquences en ombres des contes qui sont insérés dans le film et avec Michel Verbeek, nous avons enregistré les histoires. Ce documentaire explore le thème du sommeil et de l’accompagnement des touts petits et j’étais très heureuse de l’intégrer, de même que je suis très impatiente de le découvrir bientôt sur écran.

Sinon, « Le Petit Tailleur » poursuit son chemin, les émissions radios « Des récits et des ondes » continuent sur Radio Campus tous les premiers mercredis du mois de 11 heures à midi, et le spectacle « Peupler la Nuit » ainsi que les autres projets liés à Animis Mundi éclosent tendrement.

Les cinémas de la rue de la Gaîté, où l’on applaudit, où l’on siffle, où l’on hurle et où l’on sait se taire de façon à entendre battre les coeurs dans le silence…

Robert Desnos

Parfums d’arrière- saison

Tête de cerf (Rucervus eldi) sur fond noir

Entre brame du cerf, odeur de feuilles mortes et arbres flamboyants, l’automne est là.

« Le petit Tailleur » continue sa route. En duo avec Ludwine Deblon, j’aurai le plaisir de faire découvrir ses aventures, entre conte et ombres, à Mons et à Bruxelles.

« Peupler la Nuit », après sa prochaine résidence à Chiny, sera enfin prêt à se révéler au public. Cette plongée dans les forêts de la Grèce archaïque, mêlée de tentatives de se glisser, le temps d’un instant, dans la peau de l’animal, me tient particulièrement à coeur. Je suis impatiente de partager ces récits.

Les émissions radiophoniques « Des Récits et des Ondes », avec Michel Verbeek et Luisa Bevilacqua, sur Radio Campus 92.1 FM, se poursuivent tous les premiers mercredis du mois de 11 heures à midi, et nous permettent d’aborder diverses thématiques en lien avec l’oralité, à travers de belles rencontre avec des invités généreux.

Tandis que « le petit Tailleur » circule, que « Peupler la Nuit » se dévoile, le prochain spectacle, « Tatouages, histoires dans la peau », se rêve et se mature. Peu à peu, les premières étapes de ce nouveau voyage, oscillant entre récits, contes et témoignages, se concrétisent, comme une promesse d’aventure.

Notre territoire, notre chez-moi, alors, n’est pas tellement quelque chose que nous dirions « c’est à moi », mais ce morceau d’espace que chacun de nous transforme en y laissant un peu de soi: chez moi, ce n’est pas à moi, mais c’est moi.

Vinciane Despret, le chez-soi des animaux

Rêverie

Roxane avec Okami, le Husky des voisins

Après l’intensité de la fin de la saison passée, il fallait bien un été pour trouver le temps de découvrir ou approfondir des pistes anciennes ou nouvelles, pour plonger dans les récits de toutes sortes, sources d’inspiration, de mémoires et de rêves.

Peu à peu, la nouvelle saison approche. Elle s’annonce riche en retrouvailles et découvertes.

Les ateliers du « Bestiaire Magique » et de « Des contes et des ombres » reprennent bientôt grâce au soutien de La Culture a de la Classe et de la Ville de Bruxelles. Je suis curieuse de découvrir nos nouveaux apprentis sur le chemin des histoires.

Grâce à la bourse d’études du CIAS, je poursuis la formation éthologie de Natagora, une autre manière de raconter les animaux, complémentaire à ma pratique de conteuse et ancrée dans le prolongement d’Animis Mundi.

« Le petit Tailleur », dans sa nouvelle version, en duo avec Ludwine Deblon, poursuit son chemin et se fera découvrir notamment au Festival Chimères à Braine-le-Conte ou lors des « Enfants du livre » de la Ville de Mons.

Avec Luisa Bevilacqua et Michel Verbeek, nous avons la chance de nous lancer dans une nouvelle aventure, radiophonique cette fois. Tous les premiers mercredis du mois, de 11 h à midi, nous animerons l’émission « Des récits sur les ondes » sur Radio Campus, 92.1 FM. C’est un peu un rêve d’enfant qui se réalise.

Le prochain spectacle, « Peupler la Nuit », après une résidence à Chiny, se peaufine et s’apprête à se révèler sur scène. Entre éblouissements, blessures et tendresse, je suis impatiente de partager, enfin, ce périple dans les forêts de la Grèce archaïque.

Mais qu’y a t-il ici qui ne soit beau, ou qui soit douloureux?

Euripide, les Bacchantes

Cadeaux

Visages d'un homme et d'une femme. Sculpture Maori, Nouvelle Zélande.

En cette période, les ateliers battent leur plein. L’excitation monte alors que les finalisations approchent. Les premières promenades contées du « Bestiaire magique » se profilent, la projection des courts-métrages de « On se fait notre cinéma » se déroulera bientôt au Nova et les élèves en puériculture de De Mot-Couvreur répètent leur spectacle mêlant conte, récit de vie, chant et théâtre d’ombres. Je suis fière des participants de ces ateliers. C’est une grande chance de travailler avec eux. Leur confiance et leur engagement me touchent énormément. Un tout grand merci!

Le voyage d’étude en Nouvelle-Zélande a été une expérience puissante peuplée de belles rencontres. J’y ai trouvé une vraie générosité et la conviction de l’importance de la transmission de ces histoires reçues dont nous sommes « juste » dépositaires avant de les transmettre à ceux qui nous suivent. Et aussi des histoires d’oiseaux peuplant des forêts millénaires, de baleines généreuses, des contes de fiancée non-humaine, des récits de vie et des légendes de fantômes… Rien d’étonnant dans un pays où les arcs-en-ciel semblent dresser des ponts entre les montagnes, où la lune éclaire des chemins de fougères phosphorescentes et où l’on sent le coeur de la terre battre sous nos pas.

Maintenant, il sera temps de reprendre le travail sur « Peupler la Nuit », en travaillant ce futur spectacle sur scène lors d’une résidence d’artiste à Chiny. Et retrouver le plaisir de partager des histoires avec la « Marche des Conteurs » en Gaume, début juillet, sous la lumière d’un bel été.

Nous enverrons une flotte de cerfs-volants, griffonnés avec les mots du jour. Des cerfs-volants de mousseline délavée tendue sur des bâtons en croix lumineux, ornés de queues flottantes. Ils seront vus dérivant par dessus les nuages…

Patti Smith


Voyages

Cormoran de Nouvelle Zelande

Après la résidence d’écriture au BAMP pour le spectacle « Peupler la Nuit » , plongée dans les forêts épaisses de la Grèce de l’âge de bronze, c’est un voyage d’études et de rencontres en Nouvelle-Zélande qui approche.

C’est le moment de partir à la découverte de contes, mythes, récits de tradition maori, d’interroger un autre mode de relation à la nature. C’est le temps d’explorer un rapport différent entre les sociétés humaines et les « autres », quelles qu’elles soient, en s’émerveillant de cette diversité vivante et pleine d’âmes.

C’est aussi la chance de rencontrer des oiseaux légendaires, uniques. Ecouter leur chant, le bruissement des ailes, se pencher sur une trace de pattes ou une plume: de quoi nourrir « Ramages et plumages », des promenades contées « Animis Mundi », mêlant réel et imaginaire, et consacrées à la gent ailée.

C’est aussi le bonheur d’être le regard extérieur pour le prochain spectacle de Ludwine Deblon sur diverses Cosmogonies.

Je suis heureuse et émerveillée de voir s’approcher cette aventure.

Le monde est un vaisseau dans un voyage sans retour.

Herman Melville , « Moby Dick »

Contrées

Blaireau européen à l'étang la nuit

Bienvenue à toi , 2019!

Les premiers jours de l’année se déplient et je la devine, plus encore que la précédente, plongée dans « Animis Mundi ».

« Peupler la Nuit », si longtemps rêvé, ruminé, avance à petits pas sur le chemin de la création. Dans son sillage, d’autres univers émergent, prêts à être racontés à leur tour, en leur temps: les mystères de la survie à un long hiver, le fascinant terrier du blaireau, la vue puissante du faucon…

Les ateliers du « Bestiaire magique » de « La Culture a de la Classe » se poursuivent dans les 6 classes, les élèves enquêtent sur les animaux rencontrés au fil des histoires et choisissent le conte qu’ils ont envie de partager.

Enfin, la première de la nouvelle version du « Petit Tailleur » et ses séances scolaires approchent à pas de géant: ce sera à la Maison des Cultures et de la cohésion sociale de Molenbeek, les 31 janvier et 1er février.

Chaque espèce a sa propre perception du monde, et bon nombre d’espèces ont des capacités bien différentes des nôtres. Elles peuvent nous dévoiler l’inimaginable.

Bern Heinrich, « Survivre à l’Hiver »

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