Que des histoires!

renard blanc sur tronc

Catégorie : Radio

Devenir Tendresse

Comme souvent, le temps est flou pour moi. Il n’y a pas si longtemps depuis que j’ai laissé ici le dernier message mais il s’est passé tant de choses!

C’est maintenant, à l’orée de l’été, que je ressens l’envie de prononcer mes bonnes résolutions. Même si les projets et créations dans lesquelles je plonge peuvent sembler éclectiques, elles sont pourtant reliées par une même volonté d’égrainer les diverses facettes de l’amour et d’habiter les lisières entre les mondes et les temps.

Avec les Dames de Brocéliande dont, avec Juliann Boitte, je porte le récit, il est question du désir de paix et d’âge d’or. Les échos du monde d’aujourd’hui font vibrer cette histoire avec une amplitude émotionnelle imprévue lorsque nous l’avons créée. Avec la souveraine et la fée, dans une étrange contemporanéité, nous racontons et tentons de garder espoir.

Il y a aussi eu la joie de retrouver Elise Argouarc’h et de présenter à nouveau AENCRER, notre spectacle à géographie variable. Retrouver aussi la sensation de se laisser mouvoir, émouvoir par cette matière intime et rayonnante, le tatouage. Tentant d’être passeuses de ces récits épidermiques, nous apprivoisons l’idée du second Opus, celui-ci plus en connexion avec l’élément aquatique: rivières, mers et fleuves. Récits de femmes de marins, de voyageureuses ou de personnes ayant traversé rives réelles ou symboliques traceront avec nous cette cartographie sensible.

Avec la Fantaisie Casanovienne, en compagnie de Ludwine Deblon et Fred Duvaud, l’amour sera évidemment partie prenante du propos même s’il ne se réduit pas à la séduction et que l’aventure, l’oubli, et le Destin sont également présents.

J’ai tant rêvé de toi continue de porter la voix de Desnos, mon poète hippocampe, jusqu’à New-York où il a reçu la bronze tower des New-York Radio Awards en catégorie fiction et où l’interprétation de Monique Michel a été remarquée et récompensée d’un diplôme de finaliste. Peu à peu, Ondine laisse la place à Loreley. Dans un autre projet de fiction radio, cette héroïne émue par une petite statue en verre laisse son coeur battre au rythme des marées et effleure la phosphorescence (il y a des hantises qui collent à l’âme) mais tente d’élargir son horizon amoureux, voguant d’Eros vers Agapé.

Il y a aussi eu la surprise de Dames d’ombre et de lumière. Grâce à la commande de Contes en Balade, une série de petites merveilles s’est mise en branle. Encore une fois, j’ai pu me perdre dans les lisières du temps, retrouver des poèmes, des personnes et des lieux qui me fascinent. Entre 12ème et 14éme siècle, de la petite à la grande Bretagne, en passant par Toulouse, convoquer les destinées de quelques femmes chères à mon cœur. Cela a été l’occasion d’une rencontre avec l’harpiste Alisée Frippiat. Ensemble, on a exploré les liens entre parole et musique, cherchant à évoquer les sentiments plutôt qu’à coller à la réalité de l’époque. J’ai eu aussi la joie de partager ce moment avec mon enfant Micòl Ca’Zorzi, jeune comédienne qui a interprété les poésies de la Comtesse de Die et les extraits de La Chanson de la Croisade albigeoise. Cela nous permettait de passer en toute fluidité de littérature écrite à littérature orale. Et tout cela se passait à la KBR, dans la chapelle de Nassau et à l’étage des manuscrits. Tous les éléments du rêve étaient là. C’est ainsi qu’un nouveau spectacle imprévu peut parfois trouver ses racines.

Je suis un peu étourdie par tous les mystères et merveilles à explorer. Reconnaissante aussi des hasards bienveillants et d’être entourée de tant de belles personnes. A travers tout, je savoure les joies grandes et petites. L’été arrive.

Avoir vu un lézard se saisir de la pelure d’une poire, sur mon pied, comme un cadeau, alors que le soleil se couchait. Cela, comme c’est beau… comme c’est beau d’avoir été créés… ou comme c’est effrayant à d’autres moments. La question la plus urgente, plutôt est pourquoi es-tu ici, et que dois-tu faire? (…) Témoigne de la beauté, voilà, me semble une réponse. Et puis aimer certaines personnes, pouvoir faire beaucoup pour elles, pour toutes et tous, mais c’est difficile.

Cristina Campo, conversation avec Olga Amman

Á la lumière des liens

Dans ces premiers jours où l’année se déploie comme un oiseau encore fragile, on sent quelque chose qui annonce, lentement, le retour de la lumière. C’est discret, on en douterait presque. J’aime alors regarder en arrière, vers l’année écoulée, pour garder auprès de moi ce qui a été beau. À travers la noirceur et parfois des moments qui piquent, récolter les étincelles, célébrer la chaleur et le lien, tout ce qui soutient l’âme et le cœur. Et avancer, enroulée dans ces filaments de tendresse, vers ce qui me porte.

Parmi les joies, il y a Les Dames de Brocéliande. Raconter, avec Julie Boitte, Guenièvre la souveraine et Morgane la Fée, le lien mystérieux et puissant entre elles et leurs aspirations à un monde plus rayonnant, c’est chaque fois un écho émouvant à ce qui nous anime et fait rêver. Nous aurons la joie de raconter à la Librairie Chimères, à la Maison de la Poésie de Namur, au Dé à Coudre, à la Courte-échelle à Liège et au Centre de l’Imaginaire Arthurien lors des Universités d’été arthuriennes. La thématique du colloque cette année est « Souveraines et fées ». On imagine déjà avec joie les retrouvailles avec la fontaine glacée qui bouillonne, le lac des fées et l’arbre d’or.

Il y a eu la Fantaisie casanovienne, première esquisse d’un futur spectacle, présentée aux côtés de Ludwine Deblon et Fred Duvaud lors du Colloque « Casanova et nous » de l’Université de Liège. Nous nous pencherons encore sur des fragments de l’histoire de cet homme surprenant. Un homme qui n’oubliait personne, qui ne voulait pas être oublié et qui vivant dans l’instant, menait une danse étrange avec le destin.

Il y a aussi la parole du poète hippocampe qui continue de voyager. J’ai tant rêvé de toi a été sélectionné pour la Marmite radiophonique de Longueurs d’Ondes, Festival de la Radio et de l’écoute, à Brest. Après, ce sera au cinéma de Peyrat-le-Château, dans le cadre d’un cycle consacré aux fictions radio, qu’une écoute collective est organisée. En ces temps sombres, convoquer la poésie de Robert Desnos et emmener son fantôme en bord de mer à Brest me semble un juste remède à la mélancolie qui guette.

En 2026, j’intègre l’équipe pédagogique de l’Ecole Internationale du Conte de Bruxelles. C’est là que j’ai posé mes premiers pas de conteuse et ça me touche énormément d’y devenir formatrice.

J’ai passé les derniers jours de l’année à la mer du Nord, à ramasser des tourelles à marée basse, à lire blottie dans une couverture et à rêver en regardant les couchers de soleil tellement dorés en hiver. Pour la suite, je continue de voyager, en belle compagnie, vers tout ce qui me garde le cœur ouvert: les lais de Marie de France, ce 12ème siècle qui me fascine, les fonds marins, les chiens d’entre les mondes.

When Persephone comes back in spring
there is a party
beneath there is melancholy
and the ghosts of the house are laid to rest.

Quand Perséphone revient au printemps
il y a une fête
Là-dessous il y a de la mélancolie
et les fantômes de la maison y sont enterrés.

Joanne Kyger, She comes up… (traduction Bruno Doucey)

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