Cet été, je l’ai passé à vagabonder entre les temps et entre les mondes, à chercher refuge au bord de l’eau qui salée ou pas semble toujours douce à mes rêveries, à chercher le calme, à raconter et continuer d’explorer le lien entre humain.es et autres qu’humain.es. J’ai salué l’arrivée de l’automne par une dernière baignade, prête à accueillir ce que la rentrée apporte.
Parfois, quand je me penche sur une matière, j’ai l’impression que les frontières deviennent poreuses et que d’autres réalités se rendent accessibles. C’est troublant.
Cette année se partagera entre plusieurs spectacles, créations, recherches et ateliers. Il y a les Dames de Brocéliande qu’avec Juliann Boitte nous emmenons de forêts en salles de spectacles, souhaitant avec elles le retour d’un monde où la tendresse s’éveillerait au coeur de chaque instant.
Il y a de nouvelles résidences de création avec Ludwine Deblon et Fred Duvaud pour la Fantaisie casanovienne. C’est passionnant de croiser nos points de vue sur cet être étrange, de voir ce qu’il éveille en nous. Poser un regard d’aujourd’hui sur un autre temps est souvent riche en prises de conscience et en questionnements. Après y avoir beaucoup songé, je crois que je commence de cerner ce qui me pousse à me pencher sur cet être-là. Avec surprise, je me demande si ce n’est pas l’Ondine qui, je crois, sommeille parfois en moi qui serait à l’origine de cette envie de raconter Casanova.
J’ai tant rêvé de toi continue de porter la voix de Robert Desnos. Bientôt à l’Université de Rouen, en Faculté de Lettres, l’écoute de la fiction sera le fil rouge d’une discussion sur les liens entre littératures écrites et orales et leurs points de rencontres dans la parole poétique. Vagues de Fragilité, second projet de docu-fiction radiophonique, en co-réalisation avec Carine Demange et Antonin De Bemels a reçu une bourse à l’écriture de la SACD et un avis positif du FACR. Malheureusement, l’enveloppe consacrée à la création radiophonique ayant été fort réduite cette année, cela ne suffit pas à recevoir un financement. Certains rêves sont plus ardus à se concrétiser mais n’en sont pas moins précieux. Méduses, fragilité et phosphorescence ont été au rendez-vous tout l’été, comme autant de promesses. L’écriture se déroule à son rythme, laissant la hantise et la transformation gagner peu à peu Loreley, une des héroïnes de cette histoire.
Les Dames d’ombre et de lumière reprennent leur chemin entre musique, parole contée et parole poétique, avec Alisée Frippiat et, en alternance Mahnoor Kazmi et Micòl Ca’Zorzi. Entre 12ème et 14ème, de la petite à la grande Bretagne, en passant par l’Occitanie, ces temps et ces lieux que je fréquente avec tant d’assiduité qu’ils me sont devenus étonnamment familiers.
Aussi, cette année 26-27 me voit accueillie au sein de l’équipe pédagogique du Théâtre de la Parole. C’est l’école où j’ai été élève et cela me touche énormément. En duo avec Marie-Noëlle Baquet, il y aura un atelier d’initiation à l’art du conte et tout prochainement je serai en charge de la formation Ethologie et répertoire.
C’est également le retour des ateliers La Culture a de la Classe avec On se fait notre cinéma avec Smala Cinéma, Le bestiaire magique en duo avec Ludwine Deblon et Le tarot de Brocéliande en duo avec Juliann Boitte. Autant de moments où on tente de mener à un autre temps et d’inviter rêve et imaginaire au sein de l’école.
Enfin, ces deux prochaines années, ce sont les chiens dans les littératures orales et tout particulièrement les chiens fantômes et les chiens gardiens d’entre les mondes qui vont occuper une belle partie de mes recherches. Il sera question de passages, de traversées, de naufrages, d’absolu, d’amour. Il y a des collaborations et des partages (Juliann travaille sur de mêmes cycles mythiques mais penchée sur une autre créature), une équipe qui se construit et des étapes qui se planifient. Le voyage s’annonce riche de paysages et d’instants qui caressent le coeur.
Le monde reprend soudainement pour moi sa parure d’enchantement, que trop souvent j’oublie. Des frétillements de lumière percutent ma peau de toutes parts. Dans ces petits gestes lumineux d’espèces que je ne connais pas et ne rencontrerai (probablement) jamais vraiment, je pressens une immense exploration et un profond bonheur. Celui je crois, de sentir un contact, une prise de contact, sans but, sans explication, sans compréhension, simplement un premier contact, toucher et être touchée, se donner mutuellement une importance éphémère.
Bestiaire de lumière, Jérémie Brugidou
